FAQ pour les pros

FOI EVANGELIQUE

Qu’est-ce qui caractérise la foi évangélique ?
Trois caractéristiques essentielles résument la foi évangélique :
- Un profond attachement à la Bible. Elle est la Parole de Dieu. Elle est la référence de la foi évangélique. Elle représente l'autorité pour toutes les questions relatives à la vie.
- C'est par une conversion personnelle et délibérée à Jésus-Christ que l'on devient véritablement chrétien. C'est l'idée d'une « nouvelle naissance » par un acte de foi libre. On ne naît pas évangélique, on le devient par choix personnel et engagement individuel. C'est ce qui explique l'importance accordée au baptême d'adulte. Celui-ci est l'expression publique d'une foi vécue et assumée, à l'opposé d'une simple tradition.
- Chaque évangélique entend répandre l'Évangile autour de lui, en parole et en actes. L'universalité du message de l'Evangile signifie qu’il est important, pour les chrétiens évangéliques, de le faire connaître autour d'eux dans le respect de la liberté individuelle de chacun. On parle aussi parfois de « mission intégrale » où l’on tient compte de l’ensemble des besoins de la personne, y compris ses besoins spirituels. On considère alors que proclamation de l’Evangile et l’implication sociale sont intimement liés.

S'ajoutent d'autres éléments importants : la place centrale attribuée à la mort de Jésus-Christ sur la croix et à sa résurrection, la ferveur de la spiritualité. Les chrétiens de conviction évangélique partagent un sentiment d'appartenance commun fondé sur l’adhésion à une confession commune. Tous se définissent comme chrétiens évangéliques au-delà de leur Eglise locale, des différentes étiquettes ou dénominations.

Que croient les évangéliques ?
Cette question revient fréquemment aujourd’hui. Il y a plusieurs manières de comprendre le protestantisme évangélique : historique, sociologique, etc. L’une d’entre elles consiste à examiner ce que croient les évangéliques, à envisager le contenu de leur foi. Cette approche est particulièrement intéressante puisque le credo évangélique constitue leur « patrimoine génétique commun ». Même s’ils sont répartis dans de nombreuses organisations et se présentent sous différentes étiquettes, ils ont en commun un grand nombre de convictions fondées sur la Bible qui leur sont essentielles. En particulier, celles ci-dessous. 

DIEU
Nous croyons au seul vrai Dieu qui vit éternellement en trois Personnes, le Père, le Fils et le Saint-Esprit […]. 

Pensent-ils être les seuls à détenir la vérité ?
Les évangéliques n’ont pas le monopole de la vérité et ils le savent. Cependant, ils croient à l’existence d’une vérité unique et absolue, celle de Jésus-Christ qui, parlant de lui-même dit : « Je suis le chemin, la vérité et la vie, nul ne vient au Père que par moi… »1. Pour les évangéliques, la vérité ne peut être la propriété d’aucune Eglise ni d’aucun groupe humain. Il s’agit de suivre le Christ qui est venu révéler Dieu le Père. 

Sont-ils tolérants envers les autres religions ?
Contrairement à une idée reçue, une conviction religieuse forte ne conduit pas inévitablement à l’intolérance. Les évangéliques souhaitent témoigner de leurs croyances, en suivant l’enseignement et l’exemple du Christ qui les enjoint à « aimer son prochain comme [soi]-même »2. Cette volonté de l’amour induit le respect de l’autre, de ses convictions, exclut toute violence et ne laisse pas de place au fanatisme. Ils n’ont nullement l’intention d’imposer leurs croyances à autrui. 

JESUS-CHRIST
Nous croyons à l'incarnation du Fils éternel de Dieu, le Seigneur Jésus-Christ, né de la vierge Marie, vraiment divin et vraiment humain, mais exempt de péché ;
Nous croyons au sacrifice expiatoire du Christ sur la croix: mort pour nous, il a payé le prix du péché et a vaincu le mal, nous réconciliant ainsi avec Dieu ;
Nous croyons à la résurrection corporelle du Christ comme prémices de notre résurrection; à son ascension vers le Père, son règne et sa médiation comme unique Sauveur du monde. 

Les évangéliques sont-ils conservateurs ?
La réponse dépend du contexte sociétal en général et du thème abordé en particulier. Les évangéliques maintiennent des positions de morale personnelle fermes dans leur principe : mariage réservé aux couples hétérosexuels, protection de la vie jusqu’à la mort naturelle… tout en développant l’accueil de chaque être humain dans sa situation singulière.
Cependant les évangéliques puisent dans le message de la Bible, des valeurs d’une incontestable modernité. Le respect de l’homme, quelle que soit son origine, considéré comme créature de Dieu, a pour eux des implications concrètes : actions sociales et humanitaires, lutte contre les discriminations. Ils manifestent un intérêt grandissant pour les questions liées à l’écologie et à une économie respectueuse de la dignité de l’homme. 

L'HOMME ET LE PECHE
Nous croyons à la dignité de tous les êtres humains, créés homme et femme en l’image de Dieu, pour aimer, être saints et prendre soin de la création; corrompus par le péché, ils encourent la colère et le jugement divins. 

Les évangéliques sont-ils culpabilisateurs ?
Une foule de gens, dans notre société contemporaine souffre d’une profonde culpabilité. La nier ou la refouler n’est d’aucun secours. L’Evangile repose sur l’offre de Dieu d’un pardon gratuit accordé à qui se reconnaît pécheur. Ainsi le message évangélique, exigeant par nature, est en réalité libérateur. De nombreux évangéliques témoignent de la joie d’être pardonnés et déchargés de toute culpabilité. Dans leur théologie, la centralité de la croix et l’œuvre de Jésus sont fondamentales. « Pour les protestants évangéliques, il n’y de christianisme authentique sans cette doctrine qui constitue à leurs yeux la clef de voûte de l’histoire du Salut. »3
Par ailleurs, les évangéliques aiment la vie d’autant plus qu’elle est pour eux un don de Dieu. La fête et la joie sont au cœur de l’Evangile. D’ailleurs la Bible parle, pour décrire les évènements de la fin des temps, d’un gigantesque banquet nuptial ! Souvent le public est attiré par la chaleur et la convivialité des Eglises évangéliques. 

Les évangéliques sont-ils des fondamentalistes ?
Si fondamentaliste4 est compris comme intégriste, alors ils ne le sont pas. Cependant toute conviction forte, qu’elle soit morale, politique ou spirituelle, a nécessairement ses propres fondements. Les évangéliques tirent leurs valeurs de la Bible et ont le désir de mettre en pratique l’enseignement de Jésus-Christ, tel que chacun peut le découvrir dans les évangiles. 

LA BIBLE
Nous croyons à l'inspiration divine et à l'autorité suprême des Écritures de l'Ancien et du Nouveau Testament qui constituent la Parole de Dieu sous forme écrite; elles sont entièrement dignes de confiance […]. 

Prennent-ils la Bible au pied de la lettre ?
Si les évangéliques ont la Bible pour norme, ils ne considèrent pas que tout texte biblique doit être interprété de manière littérale stricte. Un texte poétique ne sera pas lu de la même façon qu’un texte historique. Autre exemple, la Bible, qui n’est pas un livre scientifique, débute par un récit de la création et affirme à de très nombreuses reprises que Dieu est le Créateur de l’Univers. Or, si tous les chrétiens évangéliques reconnaissent que Dieu est le créateur, leurs avis divergent sur la valeur scientifique à donner au récit de la Création … Les évangéliques s’attachent avant tout aux enseignements importants confirmés par la Bible dans son ensemble. Ils reconnaissent que des affirmations plus isolées, et donc de moindre importance, sont d’interprétation incertaine. 

LE SALUT
Nous croyons à la justification des pécheurs par la seule grâce de Dieu au moyen de la foi en Christ, […]. 

Pourquoi parlent-ils tant de leur foi : sont-ils fanatiques ?
Par leur disposition à sortir de leurs temples et de leurs Eglises et leur empressement dans l’annonce de l’Evangile, les évangéliques peuvent surprendre. Hommes et femmes de conviction, leur vie a été marquée par leur rencontre personnelle avec le Christ. Leur nouvelle relation avec Dieu donne un sens neuf à leur vie, un but à leur existence. Ils s’efforcent de calquer leur éthique personnelle sur les valeurs de l’Evangile. Ils désirent le mettre en pratique et spontanément en parlent autour d’eux ! « C’est de l’abondance du cœur que la bouche parle ! »5 Quoi de plus normal ? On ne dit pas d’un écologiste qui trie ses déchets, choisit de circuler à vélo en ville, refuse d’acheter des produits sous blister, qu’il est un fanatique parce qu’il s’efforce d’ajuster ses actes à ses convictions. Ni parce qu’il cherche à convaincre d’autres personnes d’adopter le même comportement ! 

L'EGLISE
Nous croyons à l'Église, le corps du Christ, dans sa dimension locale et universelle, et au sacerdoce de tous les croyants qui ont reçu la vie de l'Esprit, ses dons et ses ministères pour adorer Dieu et proclamer l'Évangile, promouvoir la justice et l'amour […]. 

Chaque groupe croit-il ce qu’il veut ?
Non, c’est la Bible reçue comme source unique d’autorité et norme qui constitue une caractéristique de premier plan dans la foi protestante évangélique, quel que soit le groupe. L’autorité de la Bible s’exerce dans le domaine de la foi et s’étend à tous les aspects de la vie : morale personnelle, choix éthiques, valeurs…
La Bible occupe habituellement une place prépondérante dans la spiritualité évangélique, c’est elle qui nourrit la foi des croyants. La lecture personnelle quotidienne est encouragée. La lecture publique pendant le culte, les études bibliques constituent la colonne vertébrale de la vie des Eglises évangéliques. 

Comment devient-on chrétien évangélique ?
La prééminence du rôle de Jésus-Christ est liée à la doctrine de la conversion personnelle. Un « changement personnel suite à une expérience religieuse, la conversion s’interprète chez les protestants évangéliques comme un processus […]. L’individu reconnaît Jésus-Christ comme son « sauveur » mort pour ses péchés et ressuscité pour son salut. Cette étape s’accompagne de la repentance (regret du mal commis) et d’un choix d’obéissance (« suivre Jésus »), engendrant une reconfiguration globale de l’itinéraire biographique du converti. »6
Cette conversion est toujours une décision personnelle et libre. C’est pourquoi les évangéliques sont attachés à la notion de liberté de conscience et de liberté d’expression de la foi.
À quelques rares exceptions, ils manifestent leur conversion par le baptême reçu à l’âge adulte. Ils ne baptisent généralement pas leurs enfants pour leur conserver la liberté de choix lorsqu’ils seront capables de décider par eux-mêmes. 

L'AU-DELA
Nous croyons au retour personnel et visible de Jésus pour accomplir le dessein de Dieu. Il ressuscitera alors tous les êtres humains en vue du jugement, réservant la vie éternelle aux rachetés et la condamnation éternelle aux perdus, et établira de nouveaux cieux et une nouvelle terre. 

Que pensent-ils de la vie après la mort ?
Les évangéliques croient à la réalité d’une vie après la mort, avec ou sans Dieu, à la responsabilité de chacun. La vie terrestre des êtres humains revêt pour eux une grande valeur, car elle est unique et déterminante pour l’au-delà. La foi en la résurrection et la promesse d’une nouvelle terre offre une vraie espérance. La conscience de l’éternité change les perspectives de la vie. 

Les évangéliques sont-ils apocalyptiques ?
L’Apocalypse est le dernier livre de la Bible, c’est une prophétie qui décrit le retour du Christ et le déroulement des évènements de la fin des temps. Bien des prophéties avaient déjà annoncé sa première venue, de nombreuses autres prédictions annoncent son retour. Les croyants évangéliques considèrent que l’invitation biblique « Prépare-toi à la rencontre de ton Dieu »7, s’adresse à tous. Ils pensent que chaque homme a le droit de savoir.
Dans certains pays dans lesquels les évangéliques sont nombreux, comme le Pérou, le Guatemala, le Brésil ou l’Ouganda, leur influence est plus contrastée. Parfois leur apport politique et social est reconnu pour son utilité à l’exemple de celui des pentecôtistes en Ouganda en matière d’alphabétisation et de scolarisation. 

HISTOIRE 

Quelles sont les racines de la foi évangélique ?
L'Eglise chrétienne du premier siècle était « évangélique ». Fondée par les apôtres du Christ, il y a près de 2 000 ans, elle s'est basée sur l'enseignement de Jésus formulé dans les évangiles. La prépondérance de la Parole de Dieu et la mise en pratique de l'Evangile caractérisent l'Eglise du premier siècle. C’est ce que désirent aussi vivre les Eglises évangéliques d'aujourd'hui. 

Comment a-t-elle évolué au Moyen Âge ?
Au fil des années, certaines pratiques ecclésiales étrangères au Nouveau Testament sont introduites. Constantin le Grand et ses successeurs établissent un empire romain « chrétien » qui facilite l'intrusion de pratiques païennes dans l'Eglise. Au fil des siècles, des hommes et des femmes, attachés au message originel de la Bible, tentent de repousser les traditions extra-bibliques. Parfois, ils appartiennent à l'Eglise catholique romaine, parfois ils sont marginalisés et persécutés comme Pierre Valdo, Jan Hus, Jérôme Savonarole et tant d'autres. 

Comment sont nées les Eglises appelées aujourd'hui « évangéliques » ?
Au 16e siècle éclate la Réforme protestante avec Martin Luther en Allemagne, Calvin en France / Suisse et Zwingli en Suisse... Elle résulte principalement d'une redécouverte de la Bible qui se propage en Europe grâce à l'imprimerie. Pour des millions d'hommes et de femmes, les Saintes Écritures redeviennent l'unique et souveraine autorité spirituelle. Au même moment, la Réforme dite « anabaptiste-mennonite » prend naissance parmi de jeunes intellectuels protestants à Zurich. Celle-ci développe une vision de l'Eglise séparée de l'Etat et invite à un engagement de foi personnel. En 1609 est créée la première Eglise évangélique baptiste à Amsterdam. Les Eglises évangéliques d'aujourd'hui résultent de l'évolution de ces différents courants historiques. 

Le temps des Réveils
Au 17e siècle, le courant évangélique se développe sous l'influence de personnalités comme J. Spener, de Ribeauvillé (Alsace), ou le comte Zinzendorf, fondateur de l'Eglise des frères Moraves. Le Réveil protestant dit « piétiste » a exercé une influence considérable sur les Eglises luthériennes et réformées. Il est aussi à l'origine de nombreuses nouvelles dénominations évangéliques. Au 18e siècle, John Wesley un ancien pasteur anglican qui se convertit en 1738 à Jésus-Christ, lance le Réveil dit « méthodiste » qui aura un impact spirituel et social considérable en Angleterre, et plus modeste, sur le continent européen... Si ces mouvements adoptent des noms nouveaux, ils cherchent néanmoins à valoriser les valeurs bibliques et typiquement évangéliques. Au 19e siècle, un effort missionnaire important précédera l'apparition des Eglises évangéliques libres, des Assemblées de Frères et, au 20e siècle, des Eglises pentecôtistes et charismatiques. 

La foi évangélique n’est donc pas une innovation récente ?
Non, les évangéliques s'efforcent de revenir aux sources de l'Evangile originel et de le mettre en pratique. Ils pourraient faire leurs ces mots de Martin Luther, il y a cinq siècles : « Nous n'enseignons pas des choses nouvelles, mais nous répétons et réaffirmons les vérités anciennes, celles que les apôtres et les docteurs pieux ont enseignées avant nous. » Les évangéliques n'ont pas d'autre ambition que de s'attacher pleinement à l'enseignement de Jésus-Christ. 

Les évangéliques font-ils partie du protestantisme ?
Oui, les évangéliques adhèrent pleinement aux principes théologiques de la Réforme protestante du 16e siècle. Aujourd'hui ils restent fidèles à ses principes : la foi seule, la grâce seule, la Bible seule. Aussi maintiennent-ils une distance critique vis-à-vis de toute hiérarchie ecclésiastique ou médiation humaine qui s'interposerait et limiterait l'accès direct du croyant à Dieu ou qui tenterait d'altérer l'autorité de la Bible. Le Réseau évangélique suisse participe d’ailleurs aux des rencontres intra-protestantes aux côtés de la Fédération des Eglises protestantes de Suisse (FEPS). 

N'y a-t-il pas un paradoxe...
... entre l'attachement à des sources anciennes et des cultes intégrant de la musique et des méthodes de communication modernes ? 
 Les évangéliques ne le vivent pas comme une difficulté, bien au contraire. Basés sur des fondamentaux théologiques anciens et éprouvés, ils veulent vivre une foi simple et authentique. Ils acceptent des choix éthiques exigeants parce que la Bible les enseigne. Ce cadre de valeurs sûr et stable crée un grand espace de liberté au niveau des formes d'expression de la foi. Une place prépondérante est laissée à la lecture et à la méditation de la Bible. Il n'y a pas ou peu de liturgie imposée, le style musical est adapté au public et à la culture environnante, les prières sont généralement spontanées. Chacun est encouragé à mettre ses dons au service des autres, ce qui favorise la créativité. Chaque croyant est invité à mettre l'Evangile en pratique dans sa vie quotidienne, ce qui constitue un vrai projet de vie. 

TERMINOLOGIE 

«Évangéliques» ou «évangélistes» ?
L'adjectif «évangélique» se réfère à l'Evangile. Il désigne certaines Eglises (et chrétiens) rattachés au protestantisme. Ce terme, longtemps considéré comme synonyme de «protestant», identifie aujourd'hui un courant particulier du protestantisme.
Il ne faut pas confondre «évangélique» et «évangéliste». Ce dernier vocable désigne les auteurs des quatre Evangiles. Il qualifie également une personne exerçant un ministère de prédication principalement orienté vers les non-croyants. 

«Évangéliques» ou «protestants évangéliques» ?
Les racines des évangéliques remontent au début du protestantisme, au XVIème siècle.8 Ils partagent encore aujourd'hui les valeurs fondamentales des réformateurs (Martin Luther, Jean Calvin...). De plus, ils se reconnaissent volontiers dans la branche de la Réforme qui a revendiqué dès l'origine la séparation des Eglises et de l'Etat et a plaidé pour des assemblées autonomes composées de convertis. 

AUTRES QUESTIONS FREQUENTES 

Les évangéliques sont-ils d’origine américaine ?
Considérer les évangéliques comme un mouvement américain colonisant le monde est partial et inexact. Le mouvement évangélique est apparu sur le continent européen, en Suisse, en Allemagne, en France, aux Pays-Bas, en Angleterre avant même… la naissance des Etats-Unis. D’ailleurs de nombreux évangéliques ont émigré en Amérique au XVIIème et XVIIIème siècle à cause du manque de liberté religieuse qui sévissait en Europe et singulièrement en France. Reste qu’avec ses 80 millions d’évangéliques, les Etats-Unis ont une influence certaine sur les évangéliques du monde entier. Les évangéliques de Suisse ne dépendent toutefois d’aucune instance dirigeante située ailleurs dans le monde. S’ils entretiennent des relations internationales et favorisent des partenariats, ils le font par fraternité chrétienne tout en veillant à leur indépendance typiquement protestante. 

Les évangéliques sont-ils des « born again christians » ?
Cette remarque témoigne d’une ignorance regrettable. «Born again christian» signifie littéralement «chrétien né de nouveau». Plutôt que de conserver cette expression en anglais, et de donner ainsi l’impression d’une opacité sectaire, il convient simplement de la traduire. En effet, elle est directement importée… de la bouche même de Jésus dans l’Evangile! «Jésus lui répond [à Nicodème, chef religieux juif] : Je te le dis, c’est la vérité, personne ne peut voir le Royaume de Dieu, s’il ne naît pas de nouveau».9
La nouvelle naissance est l’expérience spirituelle, la transformation intérieure vécue par celui qui place sa confiance en Dieu le Créateur et choisit de prendre au sérieux et d’appliquer dans sa vie personnelle l’enseignement du Christ. C’est ainsi que l’on devient chrétien… évangélique. Plutôt que d’une dérive sectaire, il s’agit d’un véritable retour aux sources chrétiennes. 

Les évangéliques sont-ils une secte ?
On propose généralement trois sens possibles du mot secte : étymologique, sociologique, «dangerosité». Selon ces critères, les Eglises évangéliques ne sont pas concernés par cette question. Cependant, aucun groupement humain n’est à l’abri de dérives sectaires.
Autres différences avec les sectes, les évangéliques possèdent deux atouts sociaux propres à les éloigner d’un fonctionnement sectaire :
- Dans la ligne de la tradition protestante, les évangéliques accordent une place prépondérante au choix individuel. Cette attitude les tient a priori à l’écart des logiques «d’embrigadement» ou de «lavage de cerveau».
- Les évangéliques sont très attachés au principe démocratique. Leurs Eglises fonctionnent généralement de manière autonome. En principe, le pasteur ou les responsables sont élus par les membres de l’Eglise et les décisions soumises au vote des fidèles. Ce fonctionnement est à l’opposé de la domination d’un groupe par un gourou. 

Les évangéliques et la politique
En Suisse, on trouve des personnalités politiques d’obédience évangélique dans tous les principaux partis de l’échiquier politique suisse. Les évangéliques votent comme le reste de la population en Suisse, c’est-à-dire plutôt à droite. Deux partis politiques sont issus des milieux évangéliques, à savoir le PEV (Parti évangélique) et l’UDF (Union Démocratique Fédérale). Les évangéliques désirent être de bons citoyens, impliqués politiquement avec le souci de rechercher le bien de la nation.

Les évangéliques font-ils du prosélytisme ?
Le mot «prosélytisme» est devenu aujourd’hui franchement péjoratif et même abusivement synonyme de «racolage». Ce terme évoque une propagande religieuse massive comportant des éléments de pression, de harcèlement, de conditionnement psychologique qui s’apparente à l’intégrisme. Généralement, le prosélytisme accentue les spécificités d’un mouvement comme condition, souvent exclusive, du salut. Le prosélytisme s’apparente parfois à de l’embrigadement. Les évangéliques rejettent et condamnent ces méthodes. Ils ont à cœur, comme l’a enseigné le Christ, de partager leur découverte personnelle de l’Evangile.
L’évangélisation est la proclamation publique de l’Evangile. Elle est destinée à informer nos contemporains afin de leur donner l’occasion d’établir une relation personnelle avec Dieu. L’évangélisation est une offre spirituelle ouverte. Elle fait appel à la liberté de conscience de chacun. 

Les chrétiens évangéliques sont éclatés dans une multitude de dénominations !
Les évangéliques peuvent être considérés comme une famille dans laquelle l’essentiel du patrimoine génétique est commun à tous les membres qui la composent. Seuls quelques chromosomes diffèrent et vont donner naissance à des personnalités distinctes et uniques. Les évangéliques ont l’essentiel en commun. L’histoire, la compréhension variée de certains aspects théologiques et ecclésiaux secondaires, expliquent que les croyants se regroupent en diverses dénominations. 

Conclusion
Il y a chez les évangéliques un réel désir, respectable et louable, de faire part à leur entourage, sous des formes particulièrement variées, de ce qu’ils ont découvert et qui donne tout son sens à leur existence. Ils font preuve d’ouverture en invitant très régulièrement et largement le public à diverses manifestions. Autant d’occasions de découvrir concrètement, par vous-même, qui sont les évangéliques. Alors bienvenue ! 

 

Voir aussi: le "phénomène évangélique vu par un sociologue"

 

1 La Bible : Evangile selon Jean, chapitre 14 verset 6.
2 La Bible : Evangile selon Matthieu, chapitre 22 verset 39.
3 Du ghetto au réseau. Le protestantisme évangélique en France 1800-2005, Sébastien Fath, Labor et Fidès, 2005, page 33.
4 Cf. Le protestantisme évangélique, un christianisme de conversion, sous la direction de Sébastien Fath, Editions Brepols, 2004, page 336.
5 Le Christ dans l’Evangile selon Luc, chapitre 6 verset 45.
6 Le protestantisme évangélique, un christianisme de conversion, sous la direction de Sébastien Fath, Éditions Brepols, 2004, page 335.
7 La Bible : Livre d’Amos, chapitre 4 verset 12.
8 Elles remontent même aux origines du christianisme. « Elles [les Eglises évangéliques] sont issues du courant évangélique qui remonte à Jésus de Nazareth et, à travers les siècles, a porté tous les vrais disciples de celui-ci".  L’Essor des Eglises évangéliques, Philippe LARRÈRE (prêtre dominicain), Éditions Centurion, page 7.
9 La Bible : Evangile selon Jean, chapitre 3 verset 3. 

 

Sources
Conseil National des Evangéliques de France - www.lecnef.org
Olivier FAVRE, Les Eglises évangéliques de Suisse. Origine et identités, Labor et Fides, Genève, 2006, 366 p.