Liberté religieuse en Algérie

L’Eglise algérienne présente ses préoccupations au Conseil des droits de l’Homme

En 2017, ce sera le tour de l’Algérie d’être examinée dans le cadre de l’Examen périodique universel (EPU), une procédure qui passe successivement en revue le niveau de mise en œuvre des droits de l’homme dans tous les pays du monde. Ce mécanisme se déroule au sein du Conseil des droits de l’Homme de l’ONU. L’Eglise protestante d’Algérie (EPA) a saisi cette occasion pour faire le point sur la situation de la minorité chrétienne et présenter ses préoccupations dans un rapport qui présenté à l’ONU lors de l’EPU. La soumission de ce rapport a d’ores et déjà abouti sur plusieurs rencontres entre l’Alliance évangélique mondiale (AEM), l’EPA et des représentants des autorités algériennes, où ces enjeux ont pu être discuté en détails.

La situation de la minorité chrétienne reste préoccupante
Comparé à ce qui se passe chez certains de ses voisins, à l’image de la situation chaotique qu’elle rencontre en Lybie, la minorité chrétienne d’Algérie est reconnaissante des libertés relatives dont elle bénéficie. L’EPA a d’ailleurs obtenu une reconnaissance officielle de la part des autorités algérienne en 2011. Néanmoins, la situation y reste préoccupante, à l’image du 37ème rang qu’elle occupe à l’index mondial de persécution des chrétiens, établi annuellement par Portes Ouvertes. Lors des précédents examens de l’Algérie à l’ONU, en 2008 et 2012, la Belgique, le Royaume-Uni et la Suisse avaient d’ailleurs déjà demandées à l’Algérie de rectifier sa loi sur les cultes non-musulmans, une recommandation que l’Algérie a jusqu’ici toujours refusé d’accepter. 

La loi restrictive de 2006 toujours en vigueur
Adoptée en 2006, la loi fixant les conditions et règles d’exercice des cultes autres que musulmans s’est rapidement avérée être un outil pour contrôler et empêcher les activités religieuses non enregistrées. Cette loi est toujours en vigueur. Pour l’EPA, elle est une épée de Damoclès au-dessus de l’Eglise algérienne. En effet, cette loi interdit les rassemblements religieux ailleurs que dans des lieux de cultes reconnus et punit d’une peine de deux à cinq ans de prison quiconque « incite, contraint ou utilise des moyens de séduction tendant à convertir un musulman à une autre religion… » et quiconque « fabrique, entrepose, ou distribue des documents imprimés ou métrages audiovisuels ou par tout autre support ou moyen qui visent à ébranler la foi d’un musulman ».

Encore récemment, deux communautés membres de l’EPA, en Kabylie, ont reçu des avis de fermeture de leurs lieux de culte. Ceux-ci n’auraient pas été approuvés par la Commission nationale de l’exercice des cultes non-musulmans. Or selon l’EPA, cette commission n’est, dans les faits, pas opérationnelle. 

Interdiction des mariages avec des étrangers non-musulmans
Le fait que tous les Algériens ne sont pas à égalité devant la loi se voit aussi dans le code de la famille, inspiré de la Chari’a, et qui exclut le mariage entre une Algérienne et un étranger non musulman. Un couple peut donc se voir refuser l’enregistrement de leur mariage, par exemple entre un étranger chrétien et une Algérienne chrétienne. C’est une situation qui frustre les chrétiens et les laisse avec un goût d’injustice et de discrimination.

Un rapport soumis avec l’appui de l’Alliance évangélique mondiale
Le Bureau de liaison de l’Alliance évangélique mondiale (AEM) à l’ONU a suscité et relayé ce rapport de l’EPA. Son but est de servir de courroie de transmission pour les évangéliques du monde entier, afin que leurs préoccupations soient entendues par leurs gouvernements et ainsi contribuer constructivement à la justice et au respect des droits de l’Homme. L’examen de l’Algérie aura lieu en mai 2017. D’ici là, l’AEM et l’EPA tenteront de convaincre les diplomates que le thème de la liberté religieuse devra être un des sujets prioritaires lors de l’examen de l’Algérie. Ils encourageront également l’Algérie à revoir ses positions et à respecter ses obligations internationales en traitant les minorités religieuses plus équitablement. L’Algérie est le plus grand pays d’Afrique et du monde arabe. Mais c’est à sa manière de traiter les populations plus fragiles et vulnérables, que l’on reconnaîtra la grandeur de ce pays. 

Michael Mutzner
Représentant permanent de l’Alliance évangélique mondiale auprès de l’ONU à Genève