No Billag - quel impact pour les évangéliques?

Votations du 4 mars concernant Billag : décryptage

Les enjeux de « No Billag » du point de vue du Réseau évangélique suisse

Le RES souhaite informer ses membres sur les conséquences de « No Billag », afin que ces derniers puissent voter en connaissance de cause. Il présente en particulier en quoi les émissions à contenus religieux, voir chrétiens, proposés sur les médias de service public, seront affectés. Le RES considère que la fin des émissions religieuses en radio et télévision serait une perte considérable.

Le dimanche 4 mars 2018, la population suisse sera invitée à se prononcer sur le maintien ou non de la redevance de radio et télévision (dite redevance « Billag »). Cette redevance coûte actuellement 451.- CHF par ménage (elle coûtera 365.- CHF à partir de 2019, si elle est maintenue). L’enjeu de cette votation concerne tout d’abord l’avenir de la Société suisse de radiodiffusion et télévision (SSR), qui est la principale bénéficiaire de cette manne financière et dont la quote-part atteint les 1,2 milliard de francs – soit 75% des revenus de la SSR. Il concerne aussi les chaînes de TV régionales (en Suisse romande : Canal Alpha, Canal 9, La Télé, Léman Bleu, TeleBielingue) et une vingtaine de radio locales (en Suisse romande : Canal 3, Radio Chablais, Radio Cité, Radio Fribourg, Rhône FM, RJB, RTN et RFJ). Ces chaînes et stations, qui s’engagent à garantir un service public en échange d’une part de la redevance, se partagent actuellement 67,5 millions de francs de quote-part.

RTSreligion et « Ma foi c’est comme ça » en danger
Le RES souhaite informer ses membres sur l’impact dommageable que l’acceptation « No Billag » aurait sur des émissions qui permettent aux communautés religieuses, y compris évangéliques, d’être mieux connues et comprises du grand public. Les émissions religieuses proposées par RTSreligion, et qui incluent « Faut pas croire » (RTS1), la Chronique (La Première), « Hautes Fréquences » (La Première) (1), « Babel » (Espace 2) et la retransmission d’offices religieux (y compris environ deux cultes évangéliques par an) seraient en danger. Le poste de Mme Gabrielle Desarzens, journaliste à la RTS au sein de l’équipe RTSreligion et qui est financé en partie par la Fédération romande d’Eglises évangéliques (FREE), membre du RES, risquerait notamment de disparaître.

De même, l’émission régionale « Ma foi c’est comme ça » (2) diffusée sur Canal Alpha serait menacée de disparaître. En Suisse allemande, les émissions TV chrétiennes « Fenster zum Sonntag » (3) et « Wort zum Sonntag » ou encore « Wort aus der Bibel » (radio) disparaîtraient du service public, de même que les émissions religieuses « Sternstunde Religion » (TV), « Perspektiven » et « Blickpunkt Religion » (radio). Ces émissions contribuent à une meilleure compréhension du fait religieux et donnent aussi une opportunité sans équivalent pour les évangéliques d’être connus et compris. Le RES considère que la fin de ces émissions serait une perte considérable.

Les médias évangéliques membres du RES tels que le groupe Alliance Presse, lafree.ch, Phare FM Romandie ou Théo TV n’ont pas de mandat de prestation de service public et ne bénéficient donc pas d’une quote-part de la redevance radio TV. Ces médias ne seraient donc pas directement affectés par « No Billag ». (4) Ce débat donne l’occasion au RES d’inviter ses membres à soutenir également ces médias privés qui jouent un rôle essentiel pour informer de l’actualité évangélique, mais aussi faire connaître le message de l’Evangile. Pour le RES, les émissions religieuses du service public et les médias évangéliques jouent chacun un rôle très important et complémentaire.

La commercialisation des médias n’est pas la solution
Le RES s’interroge aussi plus largement de savoir quels seraient les effets de la commercialisation des médias et d’un paysage médiatique dominé par la recherche de profits financiers ou autre (prise d’influence). Les minorités linguistiques seraient particulièrement touchées, elles qui bénéficient actuellement de la solidarité nationale dans la répartition des revenus de la redevance. Un système commercial orienté sur le profit serait au détriment des plus petits « marchés » que représentent les minorités linguistiques suisses.

Une information équitable ?
La constitution (art. 93) prévoit actuellement que la radio et la TV publique « présentent les événements de manière fidèle et reflètent équitablement la diversité des opinions ». Dans les milieux évangéliques comme dans le reste de la société, les avis sont partagés sur la question de savoir si le service public accomplit cette mission comme il se doit. Quel que soit l’issue de la votation, il est essentiel que les autorités publiques soient attentives à cette remise en question et qu’elles mettent tout en œuvre pour que le service public soit représentatif de la diversité et du pluralisme de la population suisse.

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(1) Voir par exemple l’émission « Hautes Fréquences » du 11 décembre 2017 qui propose un reportage en immersion à ONE’, et intitulée « Les évangéliques, une famille complexe ».
(2) Voir par exemple le récent reportage (23.11.2017) sur le Centre évangélique de Tavannes, membre du RES : http://www.canalalpha.ch/emissions/mfccc/ma-foi-cest-comme-ca-prochain-arret-le-centre-evangelique-de-tavannes/ (photo)
(3) Produite par Alphavision AG et ERF pour la SRF
(4) La technologie DAB+, utilisée par Phare FM Romandie pour la diffusion de ses programmes, bénéficie pour sa part de subventions issues des revenus de la redevance.